jeudi 9 juin 2011

Retour à la case départ






Je lis, dans un des nombreux documents que propose le site internet du CRIPHASE, les critères, sommaires, immensément signifiants, exigés des hommes qui veulent s’inscrire et participer aux programmes de thérapie de groupe :
·      Être âgé de 18 ans et plus ;
·      Avoir un souvenir clair de l’agression, pas de place à la supposition même s’ils (sic) reconnaissent les symptômes [ des séquelles d’abus sexuels. ]
Pas de place à la supposition. Ces quelques mots viennent de me fendre en quatre. J’en perds la raison, et j’en oublie, là, en ce moment, et à toute vitesse, les souvenirs, mes quelques pauvres débris de souvenirs, qui témoignent peu de ce que je sais mieux et autrement, par les lettres et les récits de mon frère aîné, par les aveux de ma mère, par les rêves récurrents et les cauchemars surréels qui viennent encore me hanter, par les flashbacks qui n’ont jamais, jamais cessé de polluer ma vie sexuelle, jusqu’à tout récemment.
Pas de place à la supposition ! Je suis bouleversé, je tremble comme un malfrat à l’heure de vérité. Je m’imagine déjà en prison, coupable de la pire des fraudes. J’essaie de maintenir mon intégrité, en écrivant ces quelques lignes, mais je me sens me décomposer, me dépersonnaliser. Ma vue se brouille, j’ai le cœur qui bat fort, un peu de nausée. Je suis humilié, terriblement humilié d’avoir lu ça, cette impitoyable restriction accusatrice. Pas de place à la supposition. Supposition. Pas de place. C’est à nouveau le petit enfant de 6 ou 7 ans que j’étais, et qui se cachait dans la cour de l’école pour rester seul, tant il était terrorisé par les autres enfants, tant la culpabilité d’être si confus, quant à son identité sexuelle, était grande. Ce petit enfant que j’étais n’avait pas de place, nulle part, lui non plus. Pas de place. Et j’imagine que s’il avait gardé des souvenirs intacts de ce qui se passait la nuit, et qu’il avait parlé, on lui aurait dit que ce n’était que des suppositions, peut-être même que des inventions, et qu’au vrai c’était lui, ce petit garçon de 6 ou 7 ans, qui était un petit vicieux. Un petit vicieux. Tout comme, lorsque ce même petit garçon faisait des cauchemars si horribles qu’il en était tétanisé, dans son lit, incapable ni de bouger, ni de crier. Et quand la mobilité revenait, enfin, et qu’il criait de toutes ses forces, appelant à l’aide sa mère, qui accourait, elle lui assurait que ce n’était qu’un mauvais rêve, et que ce n’était que ça, un rêve, une invention, un produit de l’imagination. « Recouche-toi, et dors ».
Au récit de mon histoire, je ne doute plus que l’intervenant du CRIPHASE me dirait, avec fermeté, et tout ce qu’il faut de mépris :
-       Tu ne te souviens pas ? Ben y’a pas de place pour toi ici. Déguerpis d’ici. Tu mens. Tu fabules. Cache-toi, bon dieu, tu devrais avoir honte d’inventer comme ça. Tu nuis à la cause. T’es rien, t’es nulle part. C’est un crime terrible d’inventer, de supposer, tu ne savais pas ça ? On ne veut pas de voyeur ici. Va-t’en. À nos yeux, t’es juste personne. Un minable qui usurpe l’identité des autres. Un voleur. Un pervers, un dangereux pervers. Décrisse, avant qu’on appelle la police !
Et pourtant, il y a eu tout ce que j’ai écrit, ici, depuis deux ans : l’enfant honteux et terrifié, l’adolescent squelettique et suicidaire, affreusement isolé des autres, dégoûté par son corps, et par tout ce qui coule du corps, du sien et de celui des autres, et en particulier du corps de son père, son père avec qui, heureusement, sa mère couchait, ce qui, au mieux, le protégeait contre tout danger éventuel : c’était elle qui s’occupait de ça, dans le lit, avec son mari.
Un jour, Péraldi m’a dit qu’il y avait autant de dommages, pour le petit enfant, à deviner l’intention incestueuse réelle d'un des parents, que de la voir se concrétiser. Je pensais, et je pense encore qu’il avait raison. Mais j’avais été assommé par cette remarque, comme je le suis, là, par la petite restriction du CRIPHASE, parce que j’avais entendu, bien sûr, qu’il ne croyait pas à la réalité du crime sexuel dans mon histoire, et donc dans la genèse de ce qui me troublait si fortement. La nuit suivante, j’ai fait un cauchemar, sexuel, mettant en scène mon père et moi, mon père nerveux, angoissé, riant comme un fou, décidé à passer à l’acte, encore une fois. C’était un rêve en reprise. J'ai raconté, dès la séance suivante, le rêve à Péraldi. « Vous ne vous souvenez pas de la séance d’hier ? » Non, je ne me souvenais pas, j’avais déjà oublié. « Votre rêve est une réponse que vous me faites, suite à la séance d’hier. » J’ai cherché, je me suis rappelé ; et plus jamais, jamais, il n’a été question, entre nous, de contester la réalité des faits passés, qui se racontaient dans une autre langue que le souvenir clairement formulé de l’agression, qui se théâtralisaient, parce que c’était là, toujours, un mode de survie. Dans les histoires d’inceste, la nécessité fait loi, et il arrive que la nécessité soit l’amnésie post-traumatique, et l’élaboration consécutive d’un langage particulier, au vocabulaire très restreint, fortement symbolisé.
N’empêche. Je n’ai pas fait ma thérapie de groupe avec le CRIPHASE. Mais aurais-je souhaité la faire avec cet organisme qu’on m’aurait refusé, faute de « souvenir clair de l’agression ». Et je suis stupéfait, je vous l’avoue, stupéfait et mortifié, que je n’aie pas de place, là non plus, à cause de ça. L’extraordinaire complexité de mon histoire m’a toujours coûté cher, en temps, en argent, en doute. Il serait probablement plus sage que je me taise, désormais, sur ce blogue comme ailleurs, parce que faute de raconter des détails sordides et graveleux, il y en aura toujours pour mettre ma parole en doute, et me pousser dans l’absurdité insensée de la folie.




24 critiques constructives:

Anonyme a dit…

Surtout, SURTOUT, ne t'arrête pas d'écrire ici et pour toi!

Moi, je te crois, et tous ceux qui te lisent et qui se sentent concernés par tes textes et ton expérience te croient aussi, j'en suis certaine.

Il y a toute une place pour toi, TOUTE la place, pour toi... et pour nous à travers toi!

L.

RPL a dit…

Je sais bien que, toi, tu me crois; on vient de la même famille ! Mais quoi que je dise, fasse ou écrive, et ce depuis toujours, et malgré l’ampleur, la durée et l’intensité de ma détresse passée, je resterai toujours victime de mon amnésie. Elle ouvrira toujours la porte au doute, à la remise en question.Et dieu sait que j’ai moi-même douté, beaucoup, souvent. C’est le cas d’un très grand nombre de victimes, d’ailleurs, qu’elles aient des souvenirs précis ou non.

Je veux au moins écrire un dernier texte, important, majeur, sur quelque chose que j’ai compris tout récemment. Je t’en ai parlé, et j’en ai parlé ici. Ensuite, franchement, je ne sais plus. J’irai peut-être vers la forme romanesque. Ça m’a toujours tenté d’écrire un roman.

Grand merci pour ta confiance renouvelée. Je sais bien que tu as toi aussi «subi» des doutes. Tu sais bien ce que veut dire d’être cru, sur parole, sur récit.

Auteure anonyme a dit…

"Il serait probablement plus sage que je me taise, désormais, sur ce blogue comme ailleurs, parce que faute de raconter des détails sordides et graveleux, il y en aura toujours pour mettre ma parole en doute, et me pousser dans l’absurdité insensée de la folie."
Non mais, tu as tout simplement pas le droit.
Je te recopie ce que j'ai écrit à Chérif Delay ce dernier dimanche. (l'ainé des enfants du procès d'Outreau) alors qu'il proférait des menaces de mort à l'attention d'un des accusé :
"J’ai envie de lui dire ce que je ne lui ai pas dit lorsque je l’ai rencontré, par pudeur et parce que je sais que la suite sera toujours plus dure et que ça ne s’arrange pas au fil du temps :
J’ai envie de lui dire qu’il n’est pas seul, pas dans le sens où on va l’aider, mais parce qu’il a pris la responsabilité que nous partageons de prendre la parole au nom des victimes.
La seule chose qu’il ait écrite sur la page de garde du livre qu’il m’a dédicacé : “ensemble brisons le silence, cherif”.
Ce silence je l’ai aussi brisé en 1989, les conséquences ont été très lourdes : perte de l’homme de ma vie, du travail de ma vie, une extrême solitude, et la déprime au quotidien, mais jamais, jamais je ne me permettrais de me désolidariser des “victimes”, même pour me suicider. Je leur dois la vie.
Chérif tu es un adulte maintenant, tu as pris une lourde responsabilité, tu n’as plus le droit de faire des gamineries. Lis donc les commentaires sur ton livre que mettent tes lecteurs sur mon blog.
« Franck, je dois te parler. Je ne me sens pas bien... »
« Dis-moi pourquoi des acquittés m'ont tué de l'intérieur... »
Si tu veux parler, j’ai proposé de te faire partager mon blog, on est toute une communauté, on sait on peut t’entendre, t’en vas pas demander de t’écouter à des gens qui t’ont “tué de l’intérieur”. Ils te tueront toujours. Je sais que c’est toujours notre tentation. On a besoin d’eux et bien tu iras mieux lorsque tu auras couper ces liens.
Je sais que c’est dur : je suis toujours malade quand mon père est malade, c’est insupportable, mais c’est ainsi, fais l’effort de ne plus leur demander pourquoi ? Ils n’en savent rien. Tu tends la joue pour qu’ils te détruisent encore plus. Prends soin de toi et de nous et on prendra soin de nous avec toi."
http://viols-par-inceste.blogspot.com/2011/06/outreau-franck-lavier-attaque-par.html

RAnnieB a dit…

Je crois que ce ce texte démontre clairement que ton combat, ce blogue, ont toute leur raison d'être.

De ton point de vue, avec tes sensibilités d'enfant de qui on a abusé, tu le vois comme une attaque personnelle. Une attaque qui remet en cause tes acquis des dernières années.

De mon point de vue, et celui je croirais de la totalité de tes lecteurs, ce que tu décris dans ton billet est l'illustration flagrante de l'ignorance qui persiste au sujet de l'inceste et des ses conséquences.

Si on retrouve un tel niveau d'ignorance, même au CRIPHASE, c'est qu'il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour éduquer notre société.

Non, tu ne peux pas éduquer une société entière par toi-même mais chaque voix, surtout dans ce desert d'information, compte.

Tu es professeur, tu connais la force de l'ignorance. Cette ignorance du CRIPHASE ce n'est sûrement pas que toi qu'elle blesse. C'est pourquoi il ne faut pas cesser de vouloir désarmer ces gens qui, très souvent, ne se rendent même pas compte qu'ils manient une arme aussi dévastatrice.

À la fin, ce qui importe, c'est que ce blogue te fasse cheminer dans la bonne direction. Je crois que cela a été le cas jusqu'à présent si j'en juge par ce que j'ai lu à date. Si par la bande, tu peux aider d'autres personnes alors ce sera la cerise sur le sundae :).

Ceci dit, ton idée d'écrire de la fiction est vraiment vraiment très bonne :).

RPL a dit…

À Auteure anonyme:

Merci mille fois pour ton commentaire. À n’en pas douter, je dois prendre connaissance de l’affaire d’Outreau, dont on n’entend pas parler du tout au Québec, même lors qu’on est abonné à EuroNews. J’écrirai un mot là-dessus. « Non mais, tu as tout simplement pas le droit », m’écris-tu. Je le prends comme un formidable encouragement à continuer. Je verrai. Je ne sais plus. Quoi qu’il en soit, je ne t’oublie pas. Je sais ce que t’a coûté, dans ta propre vie, le courage que tu as manifesté, de dire la vérité, telle que tu la sais.

À Annie:

Je m’interroge, moi aussi, et c’est pour le moins d’ailleurs, sur les risques que contient le choix discriminant du CRIPHASE. J’imagine que l’organisme ne veut pas de voyeur, ni d’abuseur qui tenteraient de s’immiscer. Je sais que c’est arrivé dans un groupe de thérapie de l’organisme où je suis allé, et qui s’appelait Parents-Unis. Malgré tout, le choix net et clair du CRIPHASE risque de laisser sur le pavé bien des victimes qui ont la séquelle la plus lourde qui soit, c’est à dire la perte de la mémoire des faits, tant la terreur a été grande. C’est dommage. Je prends cette restriction comme une atteinte personnelle, comment pourrait-il en être autrement ? Je n’aurai vraiment de crédibilité qu’en ayant des souvenirs incontestables, dans tous les sens du mot, y compris juridiques. Au moins ai-je des lettres, manuscrites, qui prouvent l’abus, mais... Tu sais, le traumatisme majeur, le plus violent, a été et reste encore la perte de la mémoire, et la prise de conscience progressive, durant ma trentaine, que c’était bel et bien le cas. Quand tu as perdu la mémoire, tu l’ignores, fatalement. Mais des angoisses surgissent, des impressions d’étrangeté s’installent, la peur de l’inconnu ( des lieux, des personnes, ) devient envahissante: comme tel, vivre ça est un choc considérable; ça prend des années à s’en remettre, d’autant plus que le « diagnostic » de perte de mémoire post-traumatique ne s’impose pas d’emblée. Ça a été, en soi, l’horreur, l’horreur absolue de vivre ça. Alors, dans cette perspective, pas étonnant que la restriction du CRIPHASE m’ait violemment heurté. Merci, Annie, de me lire toujours et encore !

Auteure anonyme a dit…

"Je n’aurai vraiment de crédibilité qu’en ayant des souvenirs incontestables, dans tous les sens du mot, y compris juridiques."
Là, je suis assez d'accord avec toi. J'ai acquis mes lettres de noblesse en publiant le livre de l'Auteure obligatoirement anonyme en 1993 et jamais personne n'a trouvé à y redire.
Tu verras qu'il n'y a aucun souvenir incontestable là-dedans, j'ai écrit que je ne décrirai rien parce que chacun en a son lot quotidien et n'a pas besoin du mien.
C'était mon choix de ne pas porter plainte, je pense que les écrits restent et son bien plus percutants.
Je vais bientôt trouver éditeur pour mes Interdits ordinaires, mais je les jette lorsqu'ils veulent couper ce qu'ils ne comprennent pas. J'ai beaucoup de patience et d'énergie pour cela et je publierai des lettres.
Je pense que si tu te lances avec la deuxième partie de ton commentaire sur ton ressenti, tu seras très utile non seulement aux incesté-e-s mais aussi aux professionnels.

RPL a dit…

« La deuxième partie... » : tu veux dire, à propos de la perte de la mémoire ?

Tu es plutôt d'accord avec la crédibilité liée aux souvenirs incontestables, m'écris-tu: tôt ou tard, depuis que j'écris ce bloque, où je ne me censure jamais, cette question des souvenirs allait resurgir. C'est finalement la simple lecture d'un court texte, sur le site du CRIPHASE, qui m'aura interpellé et jeté dans le doute quant à la pertinence de continuer l'écriture même de ce blogue. Sans souvenirs incontestables, je me sens discrédité. Ce n'est pas la première fois. Ceci étant, je me sentais incapable de mentir sur cette question des « souvenirs », cruciale, parce que, comme je l'écrivais à Annie, l'amnésie post-traumatique est la pire ( sauf le suicide, bien évidemment, ) des séquelles de l'inceste. La pire. Entre autres, parce qu'elle enlève la crédibilité au récit lui-même ! C'est là un paradoxe terrible.

Auteure anonyme a dit…

Non, justement, je pense que tu n'as pas besoin de tes souvenirs qui font un mal de chien. Ta crédibilité tu la gagnera en écrivant, tel que tu as commencé, tes impressions, ton ressenti, ton mal être.
Je ne fais pas victimologie pour rien, les spécialistes du trauma savent très bien voir les faits par les réactions du corps et de l'esprit.
En EMDR on ne cherche jamais à retrouver des souvenirs, mais à faire resurgir les moments beaux au devant de la scène pour savoir que ceux-là qui donne du bonheur ont existé.

RPL a dit…

J’aurais pourtant tellement souhaité retrouver mes souvenirs... Sinon, je suis condamné à vivre perpétuellement « clivé », tu sais; il y a moi, et l’autre...; il y a celui qui écrit, et celui qui sait; celui qui a vieilli et qui a fait beaucoup de chemin, et l’autre, celui qui camoufle l’horreur et qui est intemporel. L’autre est toujours là, en fait. Il n’a pas de nom. Pas d’existence. Il fait le mort. Et en ce moment même, il me fait pleurer, ce que j’étouffe, comme d’habitude.
J’ai fait aussi, avec M. Lebeau, plus d’un an de EMDR. Ça m’a fait beaucoup de bien. Il a fallu travailler à partir de souvenirs, je dirais, collatéraux, que j’ai racontés ici. Je pense par exemple au souvenir, bien réel celui-là, de la « sortie du chalet », quand j’avais tout juste 5 ans. On a même utilisé une photo dudit chalet. Je conseillerais, maintenant, à qui que ce soit qui a été incesté, ou abusé, d’aller vers le EMDR: c’est probablement la meilleure approche, pas si loin de la psychanalyse, d’ailleurs.

Je sais que les spécialistes du trauma me « reconnaissent » très vite. Ça a été le cas pour M. Lebeau, et même pour M. Péraldi. Tu as raison là-dessus. Merci, mille et mille fois, pour la crédibilité que tu m’as accordée; tu n’as pas idée du bien que tu m’as fait. MERCI.

Auteure anonyme a dit…

Tout d'abord excuse-moi pour les fautes d'orthographe qui commencent à s'amonceler. J'ai un souci avec cette petite fenêtre.
Je suis sûre que tu as écrit quelque part que M. Péraldi t'avait dit qu'une psy était réussie lorsque tu pouvais la faire toi-même et je suis certaine que tu en es là.
Tout ce que tu écris le respire, commence ton autofiction.
Je dois te confier que je n'ai plus aucun souvenir cuisant, si ce n'est ceux de mon amour perdu, ce qui veut dire que tout mon travail a porté ses fruits, les souvenirs sont intégrés et ont disparu.
Il reste les reviviscences avec les odeurs, les lieux, les personnes, la déprime, les céphalées, les lombalgies et c'est pourquoi je ne crois pas à la résilience qui est un leurre du même tabac que le SAP ou les faux-souvenirs, un truc pour tranquilliser les gens et la société sur leur responsabilité et qui t'en font porter la responsabilité parce que si tu ne guéris pas, c'est de ta faute.
Je ne crois pas que l'on puisse guérir, nous ne sommes pas malades, mais nous sommes ainsi faits.

RPL a dit…

«Je ne crois pas que l'on puisse guérir, nous ne sommes pas malades, mais nous sommes ainsi faits.» Tu as bien sûr raison, totalement. Ceci étant, on peut vivre mieux, plus ouvert et plus confiant; j'en suis là, et toi aussi, de toute évidence.

Tu m'as fait sourire avec ta liste de symptômes somatiques ! Je m'y suis reconnu ! ;-)

Auteure anonyme a dit…

Pour ma part je suis en train de travailler sur la dissociation. Et la prochaine épreuve sera la soutenance de mon mémoire de victimo sur la mémoire. Si lorsqu'ils me poseront une question pour laquelle je me sentirais sous emprise, j'espère ne plus décoller, mais si c'est le cas, ce ne sera pas gagner.
S'ils sont empathiques, ils feront attention étant donné que tout le mémoire traite de ça.
Autrement dit, je ne sais toujours pas qui va soutenir le mémoire.
Je ne suis plus double dans ma vie privée, mais fortement dans mes études et dans mon travail.

Anonyme a dit…

Et dire que je me suis déjà dit que tu étais chanceux de ne pas savoir, de ne pas te rappeler. Je me suis gelé toute ma vie pour ne pas revivre les abus, bien ancrés dans ma mémoire. Ne pas revivre les sensations vécus lors des abus-voila le seul but conscient ou inconscient de ma vie. Je comprend ta souffrance vis-a-vis ton amnésie. Ne pas savoir, d'être incapable de te rappeler, de toujours douter de soi-même et du regard des autres, etc... Guérir ton intérieur devient plus difficile dans ses conditions, je n'en doute pas-mais pas impossible.

Sur ton blogue, tu as dernièrement écrit -Et à relire mes lignes, à sentir la petite paix intérieure qui m’habite maintenant, cette nuit blanche ne fut pas inutile; au contraire, ce fut, dans la quiétude de la nuit noire, l’émergence d’une lumière particulièrement prononcée. -



En se qui concerne CRIPHASE, j'ai de la difficulté aussi a comprendre. Chaque cas est unique, et si jamais tu déciderais de faire une thérapie PHASE (ce qui me surprendrais) cela me semblerais impossible, invraisemblable que PHASE ne t accepte pas.

P

RPL a dit…

À Auteure anonyme:

Bon dieu, tu me rappelles que je te dois un service, en regard de ton mémoire à venir ! Excuse-moi, je vais y voir très, très bientôt :-)
«Être double»: c’est une belle ( et terrible ) expression.

À P:

Je ne ferai jamais de thérapie avec CRIPHASE.

Je comprends très bien que tu aies souhaité ne pas te souvenir. C’est précisément ce qu’une victime fait lorsqu’elle perd la mémoire: elle cesse de se souvenir pour survivre. Ça peut arriver dans des cas de viols très crapuleux, dans des cas d’accidents de voiture très violents... En fait, je crois que l’amnésie est toujours consécutive à une menace de mort, verbale ou factuelle. Je n’ai pas de preuve de ça, mais c’est une conviction intime.

Ceci étant, oui, ça m’embête beaucoup, au niveau de ma crédibilité, de ne pas pouvoir raconter les faits, mais que les séquelles. Mais précisément là-dessus, tu vois, je crois que les séquelles de l’amnésie, comme telle, sont les pires de toutes. Tu comprendras alors que je souhaite, moi, me souvenir ! Me souvenir, mais de cesser de me dédoubler pour n’être qu’un. Me souvenir, c’est exister sans toujours penser que je suis un usurpateur. Il y a un film avec Harrison Ford, dont je ne me souviens plus du titre, mais qui porte sur l’amnésie: tout film hollywoodien qu’il soit, je n’ai jamais vu aucun film qui me ressemble davantage ( au niveau de l’angoisse post-amnésique ) que ce film.

Anonyme a dit…

Il serait probablement plus sage que je me taise, désormais, sur ce blogue comme ailleurs, parce que faute de raconter des détails sordides et graveleux, il y en aura toujours pour mettre ma parole en doute, et me pousser dans l’absurdité insensée de la folie.

Force m'est de réagir.
Si l'écriture est ce qui vous motive le plus présentement, allez dans le changement sans hésiter, si tel est ce que vous désirez et qui vous ferait du bien.
Je vous encourage à trouver une nouvelle façon d'écrire, si c'est ce que vous voulez, parce que vous avez du style évidemment, votre écriture est magnifique, mais surtout pour le nouvel élan que vous pourriez donner à votre récit afin de le diffuser davantage.
Je suis certain que vous auriez un bon lectorat et que vous pourriez publier, (ce à quoi je vous encourage fortement).
Il est toujours bon de porter un regard critique sur soi et les autres.
Vos signaux vont faire de même, peut-être encore mieux.
Et il n'y a pas raison peut-être de fermer ce blog autre sinon que de partager la nouvelle adresse de votre nouveau blog avec nous.
Sinon, on pourra vous suivre sur Choses Vues, probablement, j'espère.
PS
Le CRIPHASE se trompe tout simplement.
Et c'est peut-être à vous de le leur dire.
Vous pourriez ainsi les aider à améliorer les messages qu'ils diffusent afin qu'ils reflètent mieux la réalité de ce que vous vivez, votre image, vos valeurs, et votre liberté devant le respect.
Le tout est idéaliste peut-être, et j'espère sincèrement créer un momentum probant et positif, pour vous, pour le CRIPHASE et pour nous de même, votre lectorat.

Cordialement,

Un de vos fidèles lecteurs anonymes,

À se renouveler, n'est à craindre, sinon qu'en écrivant davantage.

RPL a dit…

Voilà un des commentaires les plus percutants que j’aurai reçu depuis deux ans. Merci, merci beaucoup.

Je crois moi aussi que le CRIPHASE se trompe. Ceci dit, je n’ai pas voulu juger de leur choix, mais simplement dire comment, moi, je me suis senti, mis en face des critères qu’ils fixent pour pouvoir adhérer à leur organisation d’aide et de secours. Je suis sûr et certain que le CRIPHASE fait beaucoup de bien. Je suis allé deux fois aux manifestations annuelles qu’ils tiennent dans les rues de Montréal. J’ai vu de mes yeux la solidarité ( et l’affection ) qui s’y retrouve. Mais... je suis quand même d’accord avec vous, le CRIPHASE se trompe en établissant la restriction que l’on sait. Cette restriction risque d’écarter les cas les plus « lourds ». C’est ce que je crois, sincèrement.

Je ne vous remercierai jamais assez de ce que vous me dites. Ça me touche, m’honore, m’encourage, donne un sens à mon combat. Merci du fond du coeur.

Anonyme a dit…

J'ai fait le premier groupe avec CRIPHASE, et ce malgré le fait que j'ai de la difficulté à me souvenir clairement des incidents qui m'ont poussé à faire partie de ce genre de groupe. C'est aussi la situation de la majorité des hommes qui en faisaient partie.

Ce n'est pas tant d'avoir un souvenir lucide, voire photographique des abus qui est important, c'est simplement de savoir que tu as été abusé qui compte. À partir de là, tu peux prendre contact avec l'organisme pour discuter de ta situation et voir si tu aimerais faire te joindre à eux.

En te lisant, j'ai plus l'impression que tu as une peur bleue de te faire rejeter avec ton témoignage, au point où tu te fais croire que tu n'es même pas éligible à l'admission dans le groupe, ce qui est faux, je t'assures.

Bon courage !

RPL a dit…

Hey, merci pour ton commentaire ! C’est le premier, à ce que je sache, qui provienne d’un homme qui a fait CRIPHASE.

Mais tu m’as mal compris, je pense. D’une part, je ne veux plus faire de thérapie ! J’ai fait de ce côté-là tout ce qui était possible de faire, depuis l’abbé Normandeau, à l’époque de mes16 ans.

Je n’ai donc pas de peur bleue d’être rejeté par le CRIPHASE. J’ai caricaturé, dans mon texte, à partir du critère d’exclusion qui était clairement articulé, ce qui pourrait m’arriver si, d’aventure, je me risquais de ce côté-là. J’ai plutôt pensé à faire un quelconque bénévolat avec cet organisme, éventuellement; mais mon handicap, je veux dire mon amnésie post-traumatique presque complète, m’exclut d’emblée de ce genre d’implication.

Ce que je fais ici, sur mon blogue, c’est la dernière étape d’un long processus de « guérison », mot que j’utilise malgré la remarque pertinente d’Auteure anonyme, comme quoi nous ne sommes pas malades ! J’ai toujours voulu me raconter. C’était un but ultime, pour moi, une sorte de contrat passé avec moi-même, et qui m’a souvent encouragé à tenir bon, à persister, à avancer, à ne pas me laisser submerger par le découragement.

Malgré tout, et malgré ce que tu me dis de toi-même, ce blogue en est à ces derniers messages. Je continuerai autrement, d’une manière qu’on ne pourra remettre en question. Je suis solide ces temps-ci, mais, en fait, cette question de la crédibilité en est une de vie ou de mort. Je pèse mes mots. Je sais ce que je dis. Je disais souvent à M. Lebeau: « Il s’agit de mon père ! » C’est lourd, c’est incriminant. Me faire dire: « vous fabulez, vous n’avez pas de preuve », c’est me pousser dans un coin, sans échappatoire, autre que la mort certaine. Ne crois pas que j’exagère. Je ne fais pas de grande littérature, dans la réponse que je te fais, mais simplement te dire les choses telles qu’elles sont.

Je suis content de t’avoir lu. Je ne sais pas si c’est là le premier commentaire que tu me laisses. Mais j’aurai plaisir, sur ce blogue, qui restera en ligne, quoi qu’il arrive, ou autrement, à te lire à nouveau.

Anonyme a dit…

le titre du film de Harrison Ford que tu cherches, ne serait pas «Regarding Henry» en français: «À propos d'Henri»?

L.

RPL a dit…

Oui, oui, c'est bien ça :-) Merci !

dans mes yeux a dit…

Non vraiment tu ne dois pas te taire. Nos tripes et nos entrailles se rappellent pour nous de l'horreur mais notre cerveau déconnecte pour éviter le court-jus.... Je parle en connaissance de cause. Mes entrailles ont souffert mais ma tête a oublié les détails. Par contre, cette chienne d'expérience m'a obligé à faire confiance à mon intuition. Et j'ai transmis cette confiance à mon fils... qui a su en tirer profit et à oser parler. Par contre, j'ai foiré en choisissant un père et une famille inces-tueuse et menteuse et protectrice de ses crimes... J'ai pas tout bon et le parcours est long. Je t'envoie tout mon courage et te félicite car ton blog m'aide à essayer d'aider mon fils pour qu'il puisse décider de son avenir et brûler la toile d'araignée générationnelle.

Chroniqueur a dit…

Merci beaucoup ! Si je laisse ce blogue en ligne, c'est entre autres pour le plaisir de recevoir d'aussi beaux témoignages. Le tien est bouleversant. Je te souhaite tout le bonheur possible, et une lucidité toujours plus grande. Je serre ( virtuellement ! ) ton fils contre mon coeur.

AK a dit…

Lorsque ma petite soeur avait 5 ans, j'ai passé des vacances de ski avec elle, j'étais plus âgée, une scène épouvantable s'est déroulée entre mes parents devant elle, elle avait 4 ans, j'ai passé des week ends entiers avec elle à cette période, elle ne se souvient de rien, elle ne se souvient pas de moi du tout. Je l'ai revue lorsqu'elle était plus âgée à l'âge où la mémoire fonctionne. Je crois que tu as raison de réagir avec fermeté à cette phrase absurde de Criphase, mais en même temps, pour leur excuse, il faut bien se dire qu'il y a pas mal de gens avec des problèmes psy, qui épousent l'identité de victimes par manque identitaire, accusent un peu à tort et à travers, sans se soucier de ce que de fausses accusations peuvent causer comme mal. J'espère que tu vas reprendre ton blog assez vite.

Chroniqueur a dit…

J'ai réagi avec la fermeté nécessaire pour me protéger de ceux et de celles qui doutent de moi; de ceux et de celles qui sont de parfaits ignorants; de ceux et de celles qui peuvent être épouvantablement irresponsables. Mais, même si la restriction du CRIPHASE m'a blessé, cependant, et tout comme toi, je comprends tout à fait leur intention. Je me suis protégé; jamais, jamais je n'ai voulu enlever du crédit à cet organisme, que d'ailleurs je ne connais pas, sauf pour les deux manifestations qu'il a organisées et auxquelles j'ai participé.

Et enfin, pour conclure, je ne reprendrai jamais l'écriture régulière de ce blogue. Autrement ? Ça c'est possible.