dimanche 10 avril 2011

Sortir des sentiers battus


Sortir des sentiers battus, oui, et des vérités toutes faites, idéologiquement confortables, oui: c'est ce qui se passera cet après-midi. Je vais, comme l'an dernier, avec André, à cette marche du CRIPHASE.



On sait tous deux que c'est l'histoire en marche, que c'est même l'avant-garde de l'histoire. Et comme la nouveauté fait toujours peur; et comme toute remise en question de pseudo-vérités éloigne, fatalement, celles et ceux qui ont trouvé leur raison d'être, et le sens même de leur combat, dans ce qu'ils et elles ont cru, sincèrement, être les seules formes de violence historiquement reconnaissables - je pense, ici, aux femmes battues, violées, parfois assassinées; il y aura par conséquent bien des absences cet après-midi, je n'en doute pas. Des hommes ? Des hommes abusés ? Ça ne fait pas très sérieux...  Ces hommes ne sont-ils pas, encore une fois, en train d'usurper ce qui fait la spécificité même des femmes, c'est à dire leur crainte, constante, de la violence et de l'agression ?

Comme l'an dernier, si nous sommes une centaine, ce sera déjà beau, déjà fort comme message. Mais viendra un jour où des hommes, toujours plus nombreux, n'auront plus peur. Viendra un jour où des femmes, autres que les épouses solidaires, autres que les quelques victimes capables de s'ouvrir aux réalités particulières aux hommes  agressés sexuellement durant leur enfance, seront aussi nombreuses à marcher avec nous. Ce jour-là, on admettra comme possible qu'il y ait même, peut-être, plus de petits garçons que de petites filles qui soient objets de désir pour les prédateurs sexuels, y compris dans les familles; ce jour-là, on admettra la rareté relative de ce genre de drames, la solitude extrême de toutes les personnes blessées à mort, des deux sexes; ce jour-là, on admettra que des femmes peuvent abuser, de leur pouvoir, de leurs enfants; et ce jour-là on aura pris conscience de la prudence, extrême, sans abus de pouvoir, sans cri et sans fureur, avec laquelle il faut aborder ce genre d'affaire, et ces vies souvent brisées à jamais.

Mes quelques lecteurs auront compris que je parle de moi, de mon expérience de vie, de mes convictions. Mais que je parle aussi de ce que je sais.

Il y a quelques mois de cela, une professionnelle sexologue m'avait dit, durement, en m'intimidant, que « j'avais tout faux ». Il y a encore du chemin à faire dans la connaissance. J'espère, quant à moi, et bien modestement, que je ne me fermerai jamais.

Je répète encore que je refuse toute forme, ( je dis bien: absolument toute forme ) d'intolérance, de fanatisation, et d'appel à la haine et au bûcher. J'ai eu peur, cette semaine. Je me suis recroquevillé. Bien des femmes violentées, j'en suis sûr, ont fait de même. J'avais un ami, Yannick, décédé d'overdoses répétées, qui avait tant subi de violences qu'il ne pouvait même plus entendre des feux d'artifices sans revivre, en tremblant, la peur que ça recommence. Imaginez quand ça criait. Je préfère a contrario Véronique Cloutier, que j'ai vue en entrevue télévisée il y a quelques jours, et qui disait, au risque, elle le savait, de reproches virulents, qu'elle avait eu une enfance heureuse, un bon père, aimant et complice. Et pourtant, sans tomber dans la démagogie larmoyante, Nathalie Simard est sa soeur, et certainement la mienne aussi. Toutes les femmes agressées, violées, abusées durant leur enfance, sont mes soeurs. Mais voilà, Véronique Cloutier, intelligente et magnifique, fait la différence entre l'empathie réelle, et la vindicte publique, plus perturbante qu'autre chose.

Je ne suis pas une star, ni un écrivain connu. Je ne mène pas de carrière, et je n'ai pas à briller dans de justes causes qui alimentent les media, et les portefeuilles. Presque personne ne me lira, je suis une personne sans importance. Cela m'importe peu. J'écris pour me libérer. Et sans relâche, tout autant que sans prétention, j'essaie d'être un homme juste.




Ajout à ce billet, lundi le 11 avril au matin:


TVA m'a capté au passage ! J'ai fait, à partir du reportage diffusé sur LCN, une petite saisie d'écran, m'assurant de ne pas dévoiler l'identité de la personne avec qui je marchais, à ce moment-là. Il s'agissait rien de moins que d'un ancien étudiant ! Dans les circonstances fortement chargées d'un événement comme cette marche d'hommes ( et de femmes ) agressés sexuellement dans l'enfance, cette rencontre avec un ex-étudiant a eu tout de l'événement exceptionnel, et franchement émouvant. La vie a de ces surprises ! Preuve qu'on peut toujours en espérer...








2 critiques constructives:

Anonyme a dit…

Je ne peux malheureusement pas marcher avec toi cet après midi, mais je serai là en pensé avec toi (avec vous tous)
M

RPL a dit…

Merci !

( Faut que je me prépare, ça urge ! )