mercredi 6 avril 2011

Du danger de l'exclusion



J'ai publié, il y a quelques minutes de cela, le billet suivant, sur Twitter:



Je l'ai écrit très rapidement - non sans y avoir réfléchi, cependant. Amis lecteurs, ne me reprochez pas la piètre qualité de français dans ce tweet. Ni même d'avoir trop peu développé ma pensée. Il s'agit de Twitter, et j'ai dû utiliser une application cliente de Twitter pour dépasser les 140 caractères normalement permis.

Sitôt ce message publié, des gens que j'estimais m'ont exclu. Exclu. Pas, du reste, pour ce que j'écrivais sur l'« affaire » Cantat, mais parce que ces gens veulent se donner le droit de placarder les noms de pédophiles, de les stigmatiser, de les exclure, à jamais, de toute forme de réhabilitation sociale, et d'appliquer le principe barbare de « l'oeil pour oeil, dent pour dent ». 

J'ai déjà écrit ici ce que je pensais de ce genre d'attitude. J'ai dit que cela ne pouvait faire que du mal aux victimes de sévices sexuels, que la vindicte sauvage pouvait, plus encore que les motifs de survie très immédiate et de contrainte familiale, les forcer au silence et au repli. L'horreur même des appels à la meute, la violence même qui risque de s'ensuivre, peuvent à jamais faire crouler la jeune victime sous un poids accablant de culpabilité, et l'enfermer pour toujours dans un autisme stratégique. Je sais de quoi je parle. Les personnes qui m'ont exclu ne savent probablement rien du sujet - sauf ce que la société leur dit de penser sur le caractère terrible des crimes sexuels, dont ils ne retiennent que l'abjection et la nécessité de la vengeance.

Je me dissocie, encore une fois, de ce genre de réaction dangereuse. J'ai déjà écrit là-dessus, dans ce billet intitulé Haine publique 

Par ailleurs, un ami ( presque ) virtuel a, lui, écrit ce matin un billet sur l'affaire Cantat, que je me permets de citer, parce que je le signerais volontiers. J'espère que Kevin ne m'en voudra pas de donner cette référence à son blogue: http://facecachee.qc.ca/2011/04/05/ces-voix-que-lon-tait/


8 avril 2011, 15 h 45: Je viens tout juste d'écrire, sur Twitter, le message suivant. Ce sera mon dernier sur le sujet, entre autres parce que je ne me prends pas, et ne veux pas me prendre pour un autre:
« Maintenant que le TNM a «reculé», dignement quand même, et avec une franchise exemplaire, j'aimerais bien que les dénonciateurs, surtout celles et ceux qui se réclament de la justice sociale  et de la protection des victimes, se dissocient de la droite qui les a honteusement récupérés, et qui a fait de toute cette affaire une affaire franchement sordide. »





 

13 critiques constructives:

Auteure anonyme a dit…

Bon allez, je vais être obligée d'y aller et de mettre un billet sur mon blog sur la desistance puisqu'elle vient du Québec et qu'elle nous sert bien dans ce débat :
Dimensions psycho-criminologiques de la « désistance »
http://www.villerbu-crimino.fr/?cat=7
Je reste quand même féministe et j'aimais Trintignant et Cantat. Quel dilemme !

RPL a dit…

Désistance: une notion sur laquelle je dois apprendre !

J'aimais évidemment Trintignant. Évidemment. Quel drame...

Anonyme a dit…

Je me suis interrogée aussi sur sa présence sur scène dans un spectacle qui honore justement les femmes. Et puis, très rapidement, je me suis dit que c'était pour lui, probablement, la meilleure façon de rendre hommage à Marie Trintignant et de s'amender publiquement que de participer à un tel spectacle.

Je suis contre le fait de faire payer indéfiniment l'erreur, quelle qu'elle soit, à quelqu'un qui a déjà payé de sa liberté et de son regret, j'en suis sûre.

L.

RAnnieB a dit…

Il faut croire que le proverbe Qui se ressemble s'assemble s'applique ici. Si tu as vu mon commentaire sur Face Cachée tu sais que j'abonde dans le sens de ton argument et de celui de KZ.

Je me questionne aussi sur la raison d'être de la période de 10 ans (ou peut-être 5)d'attente avant qu'un ex-détenu accusé d'un crime grave puisse entrer au Canada. Il y a possiblemen une justification mais elle m'échappe.

Enfin, je trouve triste que certaines personnes ne tolèrent pas que leurs amis puissent avoir des points de vues divergents des leurs. Ils accordent bien peu d'importance à l'amitié à mon avis.

RPL a dit…

Payer de son regret: belle façon de dire les choses, mais surtout, c'est là l'essentiel aspect des choses. Sur l'affaire Cantat, j'imagine qu'il a publiquement dit son regret. Mais au Québec, en ce moment, on ne répercute rien de tout cela.

Annie, oui je t'avais lu, comme j'avais lu Kevin, et je savais que nos opinions convergeaient.

L'important, pour moi, reste de ne pas, de ne jamais élever de bûcher. Je souhaite que jamais, jamais on ne revienne à l'Inquisition, à Savonarole et autres horreurs des temps passés.

Kevin Zaak a dit…

Je suis content de lire ces mots. Ce que je lis partout ailleurs me fait peur et m'attriste. (En fait, je ne comprends pas trop pourquoi cette histoire me touche tant.)

RPL a dit…

Idem, Kevin. J'imagine que chacun à notre manière, nous avons fait l'expérience de l'exclusion...

Merci !

Jane a dit…

Pardon, mais je ne comprends pas le rapprochement de Cantat avec les pédophiles?? Pourriez-vous m'expliquer?? :)

RPL a dit…

Ce n’est pas de Cantat comme tel que je voulais parler. Je ne sais rien de son histoire personnelle, sauf ce que la presse en a dit, à l’époque, et encore récemment. Il y a eu tellement de contradictions dans le récit de toute cette affaire que j’aime mieux ne rien en dire.

Ce qui me fait peur, c’est l’appel à la vengeance, et à la haine publique. Twitter a été rempli de ça cette semaine. C’est cela, et que cela, que j’ai dénoncé, parce que ça fait plus de tort aux victimes que ça peut les aider. Il y a quelques jours, à RDI, une jeune chercheuse sur les questions de violences conjugales disaient que tout le bruit, le vacarme, les cris et la fureur, surtout venant de gens qui n’ont de rage et de sincérité que l’apparence, font un tort considérable aux femmes violentées, et les terrorisent à nouveau. J’ai été d’autant plus surpris qu’elle utilise cet argument, certainement vrai, qu’elle participait elle-même au concert démagogique autour de l’affaire Cantat.

Il n’y a pas de rapprochement entre Cantat et les pédophiles ( bien que tous deux aient tué ); il y a un rapprochement entre la vengeance primaire du type qui va placarder une affiche sur un poteau, dénonçant dans son voisinage la présence d’un pédophile, et le même type qui écrit sur Twitter des énormités incendiaires, qui ne peuvent que terroriser, à nouveau, des femmes qui ont vécu la violence conjugale.

Si je me trompe, Jane, fais-le moi savoir. Parce que tu vois, toi, tu as goûté de cette violence, et toi, toi, tu as le droit de parler. J’en ai assez, souvent, des gens qui parlent sans savoir, d’expérience, ce que ça a été, et ce que ça fait, dans une vie, de subir de la violence sexuelle ou conjugale.

Pour le reste, je me cite ( encore ) d’un commentaire précédent: « L’important, pour moi, reste de ne pas, de ne jamais élever de bûcher. Je souhaite que jamais, jamais on ne revienne à l'Inquisition, à Savonarole et autres horreurs des temps passés. »

Même pour les assassins, même pour les agresseurs, même pour les pédophiles, l’État de droit doit continuer à exister.

Jane a dit…

Merci RPL.

Je comprends ce que vous dénoncer.

Vous avez raison, l'État de droit doit continuer à exister mais moi en tant que victime, personne avec des valeurs, j'irai jamais l'applaudir. Mais je respecterai ceux qui le font. C'est tout ce que je peux faire dans ma révolte.

Je suis d'accord qu'il a payé sa dette à la société mais pour moi, il ne la paiera jamais assez.

-Jane

RPL a dit…

Merci, Jane. C'est tellement important, ce que vous écrivez, que vous me forcez ( dans le bon sens ! ) à réfléchir sur ce que veut dire « il ne paiera jamais assez » dans ma propre histoire.

Quant à Cantat, je n'irais certainement pas l'applaudir, à partir du moment où il devient le symbole toujours vivant, toujours signifiant, de la violence qu'il a faite. Ceci étant, comme je le vous le disais, je ne me risque à rien d'autre, parce qu'en fait, je ne connais rien, ou presque, de ce qu'il est comme personne et de son crime.

Jane a dit…

C'est vrai, moi non plus je ne connais pas vraiment son histoire mais ces choses là je sais que ça existe. Alors j'y crois.

RPL a dit…

Évidemment que ça existe, évidemment qu'il faut y croire. La violence faite aux femmes est une des pires, et des plus lâches, violences qui soient.

Merci, Jane. Tes visites m'honorent, je te le dis souvent.