jeudi 24 mars 2011

Amitié irremplacable





Je ne savais trop sur lequel de mes deux blogues je devais publier ce billet. Mais à bien y penser, ces quelques mots n’ont leur place qu’ici, sur Chroniques amnésiques, même si ce texte ne parle que d’amour passé et d’amitié durable – esquive le tragique habituel à ce blogue.

André est dans ma vie, et, moi, dans la sienne, depuis quinze ans, 15 ans jour pour jour, ce soir, cette nuit. On n’y a pensé qu’hier, et un peu par hasard ; et pourtant, puisque nous étions libres tous deux pour nous revoir ce soir, nous avons décidé de souligner l’événement, parce que ça en a été un, majeur, de nous rencontrer, et d’ailleurs aux conséquences incalculables, pour lui comme pour moi. J’ai déjà écrit ici quelques lignes sur André. J’ai dit que nous avions survécu tous deux, chacun-pour-soi, dans nos histoires de vie personnelles, à des traumatismes importants. Notre relation elle-même n’a jamais tenu de l’éternelle beauté fixe. J’imagine, sans être trop naïf, qu’on ferait n’importe quoi l’un pour l’autre. Et pourtant il a encaissé, de ma part, quelques gros coups tordus. Mais on s’aime encore beaucoup. On persiste. L’amitié est remarquablement fidèle.

Quand j’étais en relation amoureuse avec André, il avait bien fallu que je lui explique d’où je venais, ce que j’avais vécu. Il a fait un effort considérable pour comprendre. Il est venu chez Thomas Lebeau, dans une séance de thérapie mixte, pour se faire expliquer les séquelles bien connues de l’abus sexuel chez l’adulte survivant, et donc de mieux les appréhender au jour le jour, de mieux s’y adapter, Il a si bien compris qu’il en est devenu protecteur et militant ; que l’an dernier encore, il est venu avec moi à la marche du CRIPHASE, qu’il y reviendra probablement cette année, et que pourtant, ça en prend, du courage, pour affronter le regard des autres, des spectateurs stupéfaits, parfois amusés, sur la rue, et des caméras, nombreuses, de la presse, qui nous épient deux longues heures durant pour faire de bonnes images…

André est arrivé, ce soir, chez moi, avec un cadeau. Celui-ci :



Mes amis lecteurs/lectrices savent l’importance qu’a eue François Peraldi dans ma vie. Ce livre, partie d'une collection, c’est Peraldi qui vit toujours, qui parle toujours, et dieu sait que j’en ai rêvé souvent. En m’offrant ce livre, André me disait, encore une fois, non seulement qu’il m’aimait beaucoup, mais qu’il reconnaissait mon histoire, et qu’il la partageait avec moi. Il donnait de la valeur à ce qui a immensément compté pour moi, ces années de psychanalyse, où j’ai  survécu et où je suis sorti de l’ignorance. Il a donné un sens à la filiation dans laquelle je ne cesserai de me situer. André est mon meilleur ami, le préféré de mon Chum ; il a été le second parent de mon petit chien, dont il vit, lui aussi, le deuil; André a connu ma famille, Thomas, et en rétrospectives posthumes, Peraldi, dont il s’assure que j’entende encore la voix forte et belle, parfois moqueuse, d’une superbe intelligence.
C’était pour le moins que je lui offre, en remerciement, le souper !

Il y a de ces moments, dans la vie, des moments rares, qui sont bénis. Je ne trouve pas d’autres mots pour raconter ma soirée, cet épisode d’exceptionnelle amitié.


 





6 critiques constructives:

Auteure anonyme a dit…

Quel plaisir de lire le récit de ce moment de bonheur !
Les rares moments que me font partager mes compagnons de malheur sont toujours un immense bonheur parce que je goûte combien ils sont rares et précieux.

J'ai fêté mes 15 ans de mariage dimanche, nos noces de cristal. Nous sommes dans une amitié amoureuse. Il en bave. Je passe plus de temps dans mes études, mes blogs, qu'avec lui. On a pas beaucoup de moments doux comme celui que vous décrivez. Nous font-ils peur ? Sommes-nous toujours dans la survie ?

RPL a dit…

D'abord, vous dire que je suis heureux de savoir que vous me lisez encore; j'ai été plus qu'honoré de notre « rencontre » virtuelle. J'en ai été franchement heureux.

Je crois, oui, qu'on a peur des moments heureux, qu'on est toujours dans la survie. C'est comme ça, en ne ressentant rien, qu'on a appris à (sur)vivre. Pas facile de changer. Mais il y a André ( 15 ans ! ), votre compagnon ( 15 ans ! ), preuves qu'on peut s'en sortir, respirer, et vivre pour de vrai de temps en temps.

Merci :-)

Anonyme a dit…

Beau témoignage d'une amitié longue et durable. Bravo et longue vie encore!!!

L.

RPL a dit…

Ouais :-)

assurance SWISS LIFE  a dit…

ça fait plaisir de lire cet article

RPL a dit…

Merci :-)